S'émerveiller pour ETRE. Et changer le monde ?!

Un soir d’hiver il y a quelques années, je retrouve une bande d’amis dans la banlieue parisienne. Nos rencontres sont mensuelles et muent par une intention aussi vaste qu’intime formulée ainsi : rebondir en conscience. Rebonds dans nos vies, rebond de nos vies. Nos vies professionnelles principalement, mais tellement personnelles souvent.

Ce soir-là, nous devions partager nos résultats individuels à un test de personnalité dont le but était de nous aider à identifier nos talents et nos fonctionnements. Vient mon tour de parole. Je tiens en main la feuille de résultats et je suis fébrile. Une vague de désespoir me parcourt en annonçant aux autres :

« Mon talent numéro 1 est… la reconnaissance de la beauté, capacité à s'émerveiller »

J’enchaîne approximativement : « Me voilà bien avancée ! Oui c’est vrai que cela explique surement mon penchant pour la contemplation mais… cela ne sert à rien ! Que puis-je bien en faire ?! »

Quelques visages s’illuminent d’un sourire parmi les oreilles attentives qui m’entourent. Face à ces réactions silencieuses, je comprends que le sens m’échappe encore...

 

Alors qu’est-ce donc que cette capacité à s’émerveiller de la beauté ?  

A quoi cela peut-il bien me servir ? Et qu’est-ce que cela peut apporter aux autres et à la société ?

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QU'EST-CE QUE L’ÉMERVEILLEMENT ?

L’émerveillement est une réaction aussi forte qu’éphémère en réponse à un phénomène qui peut être : un paysage, une personne, une situation, une chose, une idée. Il est foudroyant, de l’ordre de l’instantanéité et il prend par surprise.

C’est un moment intense et fugace, qui vous tombe dessus sans prévenir.

Nous ne pouvons pas le prévoir, mais le souvenir d’émerveillements passés peuvent nous mettre en mouvement, mû par la promesse de revivre cette intensité magique.

 

Le mot « merveille » vient du latin et signifie « choses étonnantes ».

Pour Aristote, ce qui nous étonne, nous questionne. L’émerveillement le conduit à la réflexion, la réflexion à la connaissance et la connaissance à la compréhension. L’émerveillement entendu comme un étonnement et amenant à un questionnement : voilà la motivation des philosophes à philosopher ! 

S’émerveiller reviendrait donc à vivre une expérience qui transforme l’inconnu en connu.

Mais, qu’en est-il de la Lune ??!

Vous ne me suivez plus ?

Je sais que la lune est un corps céleste en orbite autour de la Terre, que son cycle est régulier, qu’il impacte notamment les océans en créant les marées. J’ai vu des photos de la matière constituant l’astre, j’ai vu des vidéos du drapeaux planté par l’homme dans cette matière.

Et alors ? Je n’en suis pas moins émerveillée lorsqu’elle apparaît majestueuse dans la profondeur de la nuit ?

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L’EMERVEILLEMENT EST-IL NAÏVETÉ ENFANTINE ?

Dans une société qui dévalorise la contemplation et où il est mieux accepté de converser de la beauté d’une peinture classique plutôt que de celle d’une rose ; la question est légitime.

Il est admis que l'enfant s'émerveille de tout car il découvre le monde. Il s'émerveille donc de ce qu'il ne connait pas, de ce qui le surprend, de ce qu'il ne comprend pas.

Le dictionnaire Larousse défini la naïveté ainsi : 

  • Simplicité et ingénuité de quelqu'un qui exprime naturellement et avec confiance ses sentiments : La naïveté d'un enfant.
  • Crédulité de quelqu'un qui résulte de l'inexpérience, de trop de confiance allant jusqu'au ridicule.

La simplicité et la spontanéité des sentiments ainsi que l'inexpérience sont bienvenues chez l'enfant, malvenues chez l'adulte.

Les contes pour enfants cultivent le merveilleux. Leurs histoires génèrent l’étonnement, la surprise, diverses émotions pour embarquer la petite lectrice dans un autre univers qui n’existe que dans son invisible imaginaire.

Alors adultes, sommes-nous interdits d’émerveillement ? 

Et pourtant s'émerveiller n'est-il pas le plus court chemin pour sortir de la raison, de la volonté de notre mental ?

 

L’émerveillement nous sort de nous-même et nous confronte à ce qui est extérieur à nous. Mais toutes les théories anti-émerveillement supposent que nous devrions rester en soi et que l’extérieur ne doit avoir aucune emprise sur nous.

D’après Descartes, il est nécessaire de se délivrer de cette admiration, de cet émerveillement à la naissance des passions car il nous ferait perdre le contrôle.

 

Est-ce si dangereux de perdre le contrôle ?

Ne plus s’émerveiller au bout d’un certain temps et d’une connaissance acquise serait alors un moyen de nous protéger de nos émotions. Voilà le chemin le plus sûr pour devenir blasé de tout !

L’émerveillement est une expérience authentique et sincère, qui prend vie dans le présent et rend heureux.

« On sort de soit même involontairement parce-que l’on se trouve devant quelque chose de supérieur, d’extraordinaire à sa façon ».

C’est en quelque sorte un état de grâce, un moment d’extase, un moment de bonheur suspendu, une absolue connexion avec la source de notre émerveillement. L’émerveillement est une façon de s’ouvrir au mystère, à l’invisible.

François Cheng nous dit que c’est notre regard qui donne le sens de la splendeur de l’univers.  « La splendeur de l’univers sans notre regard et notre cœur pour l’accueillir n’a aucun sens. »

 

A mon sens, l’émerveillement nous arrache au mental et se rapproche ainsi d’une méditation. C’est revenir à un niveau de conscience sensible, du vécu, par notre corps : vivre l’expérience qui se donne à vivre dans l’instant présent.

C’est faire l’expérience sensorielle du monde.

Pascal nous rappelle son ambivalence : nous nous émerveillons du beau mais aussi de l’effroyable. S’émerveiller peut-être agréable ou affreux. Cela peut générer une forme d’angoisse, de vertige, devant ce qui nous dépasse.

 

Par définition, l’émerveillement ne se commande pas ; ne se prévoit pas.

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MAIS SOMMES NOUS TOUS ÉGAUX FACE A L’ÉMERVEILLEMENT ?

Ne s’agit-il pas plutôt d’une certaine disposition d’esprit ?

Et comment s'émerveiller peut changer notre monde ? 

Être prêt à s’émerveiller, c’est être prêt à s’ouvrir à ce qui vient, à ce qui apparaît, à ce que nous rencontrons. Qu’importe le phénomène qui provoque l'émerveillement, c’est une sorte de lâcher-prise, d’acceptation de l’absence de contrôle, d’acceptation du mouvement et du déséquilibre perpétuel. C'est s'ancrer dans le flux mouvant du présent et s'ouvrir à la spontanéité et à nos émotions.

S’émerveiller nous reconnecte à notre humilité et nous invite à avoir une vision plus large que la vision anthropocentrée issue de décennies de découvertes scientifiques et d'innovations technologiques. 

Réapprendre à s'émerveiller nous relie profondément à notre humanité et nous aide à reprendre notre place dans le monde. La place d'un acteur vivant parmi les acteurs vivants. Ré-intégrer à notre quotidien, des temps et une disponibilité d'esprit propices à l'émerveillement est une façon de développer nos capacités :

  • d’ouverture à l’autre
  • d'accueil de la différence
  • d'appréhension de la (bio)diversité dans son ensemble

Dans une société qui nourrit beaucoup trop notre esprit et plutôt mal notre corps ; la beauté nourrie notre âme. S’émerveiller de la beauté du monde réunie notre corps, notre esprit et notre âme. 

Alors tel le poète qui maintient en lui la communication avec la beauté du monde, apprenons, diffusons, cultivons l’émerveillement.

S’émerveiller c’est être en absolue connexion avec la vie.

S’émerveiller c'est ETRE.

 


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